Once upon a time in China

Je suis une aventuriere, j'ai beaucoup bourlinguee. Je suis une aventuriere, avec laquelle il faut compter. A moi, faut pas m'en raconter, parce que vraiment j'en ai bave. "Petit refrain de Jacques Dutronc (feminise)"

13 août 2005

Mes Adieux

Ce titre semble bien serieux. Il ne s'agit pas d'une annonce rocambolesque, dans laquelle je vous ferais part de mon desir de me retirer dans le Xinjiang pour y suivre les traces d'une caravane Kazakh ou Mogole. Mais des adieux tout de meme, puisque j'ai decide que ce serait la derniere fois. Encore un mot definitif. Eh bien quoi ? Pendant plusieurs annees je me suis balladee mon Lonely Planet a la main suivant leur bon conseil. Je ne veux pas faire de mauvaise pub et ces experiences m'ont fait passe des moments inoubliables. Pourtant je suis lasse de suivre le flot des touristes. Surtout dans le Nord du Xinjiang, plus particulierement sur le site naturel du lac Hanasi. Un endroit merveilleux. J'etais loin d'etre seule et je n'avais pas la pretention de vouloir l'etre. Apres tout d'autres personnes ont elles aussi le droit de profiter des bienfaits de la nature. M'enfin toutes proportions gardees.

Avez-vous entendu parler du tourisme de masse chinois ? Peut-etre bien. L'avez-vous vecu ? Avant d'aller plus loin, je veux vous assurer de ma tolerance la plus profonde. J'y travaille. Je ne dirai pas les chinois sont sympas, les chinois sont accueillants, les chinois sont indiscrets, les chinois sont bruyants... Y'a tellement de chinois, ce serait aberrant, et puis conditionne par ma propre vision. Donc deformee. Pourquoi prendre ce ton docte ? Parce que l'aventure du mechant chinois, qui en voulait a mon argent, a pu etre interpretee dans un sens contraire a ce que je voulais. Ce gars-la etait un connard. En plus, il a eu la mauvaise idee de se mettre sur mon chemin. Je devrais pour equilibrer la balance faire la liste des personnes o combien aimables et patientes qui ont pave ma route lorsque j'en avais besoin. Et comme j'en ai lu et entendu des absurdites sur la Chine et ses habitants, je ne desire pas en rajouter. A la decharge de ceux qui en sont les auteurs, il n'est pas evident de voyager dans un endroit ou les usages sont differents. Encore une petite reflexion. Apres je vous laisse tranquille. Dans tous les voyages que j'ai fait, le plus dur a toujours ete de me defaire de mon education.

Exemple d'experience aux limites des conventions sociales occidentales. C'est rafraichissant de s'accroupir au milieu des crachats, au-dessus d'un trou, au fond duquel s'amoncellent mille et une surprises digestives. Les latrines. Je me rappelle, lors d'un trajet en bus, avoir ete reveillee au milieu de la nuit pour la pause pipi. Je me suis dirigee, somnambule, jusqu'au lieu d'aisance. J'ai ete surprise par la lumiere blafarde. Au debut je n'ai pas vraiment realise. En face de moi, plusieurs femmes accroupies, chacune a son affaire sous le regard fixe de celles qui attendaient leur tour. Pas de portes. Premier reflexe, je baisse les yeux. J'ai une envie plus qu'urgente. Que faire ? J'attends. Je dois me decontracter, faire abstraction, je ne suis qu'une parmi tant d'autres. Et puis... l'une d'entre elles m'adresse la parole dans un anglais hesitant. What's your schedule ? Putain. En une seconde, je redeviens paranoiaque. Je suis la seule etrangere, elles vont toutes mater mon style water closet. Je les imagine examiner ma methode imparfaite et mon expression crispee. Je deguerpis. My schedule ! Faire tranquillement mes besoins ! Impossible maintenant. J'ai heureusement trouve un coin sombre. Il a bien fallu, par la suite, se plier a la regle. Dans ces endroits la solitude n'est pas chose courante. Pas besoin de Spirou pour passer ce moment si cher a nos yeux. Pas de porte aux toilettes dans le Xinjiang.

Le tourisme de masse se developpe a une vitesse grand V. Des dizaines de cars, bondes de chinois Han, abreuvent tous les lieux fameux de Chine. On aime ou on aime pas. Comme cette inflation est due a une amelioration du niveau de vie ; on ne peut que se rejouir, les chinois prennent des vacances. Malheureusement certains ont une facon de les apprecier qui s'oppose radicalement a la mienne, et a celle de nombreux occidentaux. Hotels qui se multiplient comme des champignons, tours organises avec des groupes d'au moins 20 personnes, karaoke satures. La montagne resonne de bruit. Bref on est loin de l'ideal occidental du retour paisible a la nature. Ils sont nombreux a prendre un reel plaisir et semblent s'amuser follement. Dommage pour nous.

Etre touriste. Je ne veux plus. Il doit bien y avoir d'autres manieres de voir le monde et de le comprendre. Un peu plus difficile mais surement plus adaptee a ce que je recherche. Le Xinjiang est une region splendide (c'est frustrant de pas voir les photos, n'est-ce pas ? Bientot je vous jure) mais le developpement du tourisme peut en decevoir plus d'un.

Demain je repars sur Hong Kong et je prevois de faire un tour a Macau. Depaysement assure.

PS : Verifier vos commentaires, j'ai tout mis a jour et j'ai apporte une reponse a chacun d'eux.

Posté par inaia à 14:33 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


10 août 2005

Detour

Je renonce. J'ai beau essaye de repousser les limites de l'espace et du temps, rien n'y fait. Je n'irais pas a Kashgar. Il faut que je sois a Hong Kong le 18 aout. Or traverser l'equivalent de l'Europe en un jour, je ne pense pas pouvoir le faire sans depenser l'argent que je n'ai plus. Mais je me console tres vite car je pars pour le nord du Xinjiang ce soir. J'y passerai trois ou quatre jours. A la frontiere de la Russie, de la Mongolie et du Kazakhastan, un des plus beaux endroits, hautes montagnes, lacs alpins et desert en perspective. Je ne crache pas dans la soupe. Ne pas aller a Kashgar me donne une excuse de revenir dans le Xinjiang pour finir la route de la soie. Au fait je ne vous ai pas dit, je suis raide dingue de cette partie de la Chine. Quand le Moyen Orient rencontre la Chine, quelles saveurs ! Dans le prochain post j'espere avoir le temps de vous expliquer les origines de cet engouement. Pour l'instant un autre bus m'attend et une nuit sur la route.

Petite information sans importance. Je serai sur Paris le 23 aout...

Posté par inaia à 13:02 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 août 2005

A moi le Xinjiang

Oups... le temps passe et je vous ai abandonne lachement depuis si longtemps. J'espere que vous m'etes toujours fideles. Sinon... je suis triste.

Ca y est, j'ai passe mes premiers jours dans le Xinjiang. Il a fallu en avaler des kilometres mais maintenant que j'y suis, j'aimerais tellement y rester. Le voyage tient toutes ses promesses. Je suis a Turpan. La ville renommee la plus chaude de Chine, elle est en dessous du niveau de la mer. C'est pour dire. Et pourtant quand je suis arrivee, il pleuvait. Incroyable, on fleurtait avec les 25 degres au lieu des 50 habituels. Veinarde, je suis veinarde. J'adore cette ville. On se demande si on est encore en Chine. Les gens ont les yeux clairs et charmeurs des peuples de l'Asie Centrale. Ils ouvrent facilement et genereusement leur porte (qui sont rarement fermees d'ailleurs). Je recois des invitations a longueur de temps. A deguster du raisin, a visiter la region, a venir prendre le frais dans les patios des maisons. Je suis d'autant plus disponible pour ce genre de rencontres que je voyage a nouveau seule. J'en suis ravie. Mon compagnon avait des idees bien trop arretees pour moi. Tout s'est bien passe mais je ne me sentais pas reellement libre.

J'ai mis dans mon sac quelques pains, achetes alors qu'ils sortaient de leur four de terre. Je pouvais a peine le tenir dans ma main. J'ai traverse le marche local, camera au poing. J'ai ete agreablement surprise par leur reaction. Ils sont enthousiasmes par l'objet et cela m'ouvre toutes les portes et les visages. Quelle bonne nouvelle ! Je filme sans discontinuer. Enfin. Du fabricant de pates aux vendeurs de pigeons en passant par le depeceur de tetes de mouton. Coeur sensible, s'abstenir ! Je me ballade du soir au matin le sourire aux levres, il fallait bien le Xinjiang pour retrouver l'innocence de l'art (je ne sais pas ce que ca veut dire mais l'expression me semble appropriee).

Posté par inaia à 11:53 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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